EXTRAIT DU COMMENTAIRE
Le texte que nous allons étudier est un extrait du chapitre 44 de Gargantua, oeuvre écrite en 1534 par François Rabelais, grand écrivain de la Renaissance et auteur de Pantagruel, condamné la même année par la Sorbonne.
Frère Jean des Entommeures, qui a été engagé dans l'armée de Gargantua, a fait prisonnier Toucquedillon, le capitaine et le conseiller de Picrocholin. Grandgousier lui répond par un discours plein de sagesse dans lequel il affirme que le rôle d'un roi, aujourd'hui, n'est plus d'envahir les pays voisins, mais de bien gouverner le sien, puis il le renvoie chez lui avec quelques présents. Nous verrons que la clémence de Grandgousier appartient à une conception humaniste de la guerre.
Nous observerons, dans un premier temps, le rejet des pratiques passées, dans un deuxième temps, nous verrons les principes d'un bon chrétien, pour interpréter enfin le modèle politique d'un bon prince...
Comment Grandgousier traita humainement Touquedillon prisonnier ?
Touquedillon fut présenté à Grandgousier et interrogé par lui sur l'entreprise et les affaires de Picrochole, à quelle fin il prétendait par ce tumultueux vacarme. A quoi il répondit que sa fin et sa destinée étaient de conquérir tout le pays, s'il pouvait, pour l'injure faite à ses fouaciers ;
« C'est, dit Grandgousier, trop entreprendre : qui trop embrasse peu étreint. Le temps n'est plus d'ainsi conquérir les royaumes, avec dommage de son prochain frère chrétien. Cette imitation des anciens Hercule, Alexandre, Hannibal, Scipion, César et autres tels, est contraire à l'enseignement de l'Évangile, par lequel il nous est commandé de garder, sauver, régir et administrer chacun ses pays et terres, non d'hostilement envahir les autres, et ce que les Sarrasins et barbares jadis appelaient prouesses, maintenant nous l'appelons brigandages et méchancetés. Il eût mieux fait de se contenir en sa maison, en la gouvernant royalement, que d'insulter à la mienne, en la pillant hostilement, car il l'eût augmentée en la gouvernant bien, en me pillant il s'est détruit. Allez-vous-en, au nom de Dieu, suivez une bonne entreprise, remontrez à votre roi les erreurs que vous connaîtrez, et ne les conseillez jamais en ayant égard à votre profit particulier, car avec le bien commun, le vôtre propre aussi est perdu. Quant à votre rançon, je vous la donne entièrement, et je veux qu'il vous soit rendu armes et cheval : ainsi faut-il faire entre voisins et anciens amis, vu que ce différend entre nous n'est point proprement la guerre.
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