EXTRAIT DU COMMENTAIRE
Cette fable nous vient d'Esope, fabuliste grec, personnage à demi légendaire auquel on attribue un recueil de fables réunies au 4ème siècle avant J. C. Apo logos en grec signifie récit et morale. La fable a donc une intention moralisatrice. Jean de la Fontaine est un fabuliste du 17ème siècle, un poète français né en 1621 et mort en 1695. Il fut le petit protégé de Mme de Sablière, la duchesse d'Orléans. Les fables sont réparties en douze livres. Elles ont pour but de plaire et d'instruire.
Nous étudierons ce texte en deux parties : dans un premier temps, nous observerons la conception de la fable d'après l'auteur en accord avec la doctrine classique puis dans un second, le pastiche d'Esope et l'art du récit.
Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être ;
Le plus simple animal nous y tient lieu de maître.
Une morale nue apporte de l'ennui :
Le conte fait passer le précepte avec lui.
En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire,
Et conter pour conter me semble peu d'affaire.
C'est par cette raison qu'égayant leur esprit,
Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit.
Tous ont fui l'ornement et le trop d'étendue.
On ne voit point chez eux de parole perdue.
Phèdre était si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé ;
Ésope en moins de mots s'est encore exprimé.
Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique
D'une élégance laconique ;
Il renferme toujours son conte en quatre vers :
Bien ou mal, je le laisse à juger aux experts.
Voyons-le avec Ésope en un sujet semblable :
L'un amène un chasseur, l'autre un pâtre, en sa fable.
J'ai suivi leur projet quant à l'événement,
Y cousant en chemin quelque trait seulement.
Voici comment à peu près Ésope le raconte :
Un pâtre, à ses brebis trouvant quelque mécompte,
Voulut à toute force attraper le larron.
Il s'en va près d'un antre, et tend à l'environ
Des lacs à prendre loups, soupçonnant cette engeance.
" Avant que partir de ces lieux,
Si tu fais, disait-il, ô monarque des dieux,
Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence,
Et que je goûte ce plaisir,
Parmi vingt veaux je veux choisir
Le plus gras, et t'en faire offrande. "
A ces mots, sort de l'antre un lion grand et fort ;
Le pâtre se tapit, et dit, à demi mort :
" Que l'homme ne sait guère, hélas ! ce qu'il demande !
Pour trouver le larron qui détruit mon troupeau,
Et le voir en ces lacs pris avant que je parte,
O monarque des Dieux, je t'ai promis un veau :
Je te promets un boeuf si tu fais qu'il s'écarte.
C'est ainsi que l'a dit le principal auteur :
Passons à son imitateur.
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