Le parti pris des choses : Le pain



EXTRAIT DU COMMENTAIRE

Ponge est un auteur contemporain né en 1899, mort en 1988, ces textes sont succincts et ont comme dénominateur commun de traiter des choses comme « Le cageot », « Le pain », « L’huître » etc., il les appelle des proêmes, néologisme qui le caractérise. Il cherche à donner une voix aux choses, il instaure un nouveau langage. Le pain ici objet de consommation a également une connotation religieuse, la description est fondée sur la rêverie et il n’y a pas d’objectivité, ni de réalisme...



TEXTE ETUDIE

La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, cre-vasses... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable... Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.



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