Essais : Au lecteur



EXTRAIT DU COMMENTAIRE

Montaigne est un écrivain du 16ème siècle, auteur des Essais, œuvre autobiographique qui s'oppose aux Confessions de Rousseau dans le sens où les Essais sont parus de son vivant. « Au lecteur » se situe dans le préambule, 1588. Littéralement, le mot essai signifie l'action de mettre à l'épreuve. Dans cet ouvrage, le sujet essaie de se saisir lui-même dans l'acte d'écrire. Le préambule pose les termes du pacte autobiographique qui présente quelques dénominateurs communs avec les Confessions, même si Rousseau accusait Montaigne d'être «  un faux sincère ». Tous les écrivains qui s'interrogent sur eux, se questionnent  quant à leur démarche. C'est ce que fait Montaigne dans le préambule. En analysant sa propre façon de faire, il définit de façon plus générale, l'écriture autobiographique dans sa relation au lecteur. Nous étudierons dans un premier temps, l'écriture autobiographique puis, en second lieu le rapport entre Montaigne et ses lecteurs...



TEXTE ETUDIE

C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis : à ce que, m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bientôt), ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive la connaissance qu'ils ont eue de moi ; Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'a perms. Que si j'eusse été entre ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier, et tout nu. Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain. Adieu donc. De Montaigne, ce premier de mars mille cinq cent quatre-vingt.



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